Stefanu Luciani
Albertacce
Albertacce

Cantu per tè

Albertacce, 1957

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Cantu per tèA mio muntagnaLocu per mèDi la cuccagnaIn lu tempu chi fùGiuvintù, giuvintù.

Un si sente più cuntàQuelle fole d'un fuconeNè mancu più cricchinàI carri pè u stradoneAccuppiatu à BucchisgioluUn si vede più Fiammone.

Cantu per tèPane di 'ranuQuelli chjirchjoliMuscu luntanuDi u tempu chi fùGiuvintù, giuvintù.

Fornu di la mio muntagnaUn si più culor'di fumeMa tutte quelle furnateHanu accesu cum'un lumeIn core di tutti quelliChi sanu lu to prufume.

Cantu per tèO mà o mammaAccantu à mèAd'ogni chjamaIn lu tempu chi fùGiuvintù, giuvintù.

Donne di la mio muntagnaRingraziu le vostre maneImbiancavanu li panniImpastavanu lu paneEranu cusi liggereQuelle mani paisane!

Cantu per tèFresca castagnaCastagnu rèDi la muntagnaIn lu tempu chi fùGiuvintù, giuvintù

Si more la mio muntagnaCun tutti sti bocchi finiCun tutti sti "marsigliesi"E tutti sti "parigini"Ch'un sanu coglie castagneNè fà girà i mulini.

Cantu per tèQuella zitellaScesa per mèDa qualchi stellaIn lu tempu chi fùGiuvintù, giuvintù.

Una volta eppo'piùGiuvintù, giuvintù...

Lire en français

Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.

Je chante pour toi,ma montagne,lieu pour moide cocagne,au temps qui fut,jeunesse, jeunesse.

On n'entend plus raconterces contes autour d'un grand feu,ni grincer non plusles chars sur la route.Attelé à Bucchisgiolu,on ne voit plus le Fiammone.

Je chante pour toi,pain de blé,ces galettes rondes,mousse lointainedu temps qui fut,jeunesse, jeunesse.

Four de ma montagne,tu n'as plus couleur de fumée,mais toutes ces fournéesont allumé comme une lampedans le cœur de tous ceuxqui connaissent ton parfum.

Je chante pour toi,ô maman, maman,auprès de moià chaque appel,au temps qui fut,jeunesse, jeunesse.

Femmes de ma montagne,je remercie vos mains :elles blanchissaient le linge,elles pétrissaient le pain.Elles étaient si légères,ces mains paysannes !

Je chante pour toi,châtaigne fraîche,châtaignier roide la montagne,au temps qui fut,jeunesse, jeunesse.

Elle se meurt, ma montagne,avec toutes ces bouches fines,avec tous ces « marseillais »et tous ces « parisiens »qui ne savent ni ramasser les châtaignesni faire tourner les moulins.

Je chante pour toi,cette jeune filledescendue pour moide quelque étoile,au temps qui fut,jeunesse, jeunesse.

Une fois et puis plus,jeunesse, jeunesse...

« Chjirchjoli » désigne les cercles de bois ou les galettes rondes ; lecture incertaine. « Accuppiatu à Bucchisgiolu » : attelé à Bucchisgiolu, lieu-dit. Fiammone est un sommet du Niolu. Les guillemets de l'original sur « marseillais » et « parisiens » désignent les Corses partis sur le continent.

Pourquoi ce chant

Le poème alterne strictement un refrain court, qui se ferme toujours sur jeunesse, jeunesse, et des strophes plus longues sur le four du village, les mains des femmes, les châtaignes. Cette alternance est déjà une forme de chant de travail : j'ai confié le refrain au choeur entier et les strophes à une voix seule, avec une pulsation régulière comme un geste qu'on répète.

Dans le recueil

La page du recueil où figure Cantu per tè
Pages 12 et 13
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