Neve
Albertacce, 1959
Quandi Monte Cintu metteA so barittona biancaPiantanu da cinque à setteE pusate nantu à pancaAncu la tarra stimetteDi fà festa pare stanca.
Tandu piengu cu i merliI torduli viaghjatoriCh'elli portanu à pinghelliVoltu i so cunghjelatoriNasi rossi è rossi merliI spietati cacciatori.
Menu piengu lu cignaleCaschendu sottu à le palleDopu avè strippatu un caneMore pisendu le spalleE bianchina falla à fiocchiLiggeri cume farfalle.
Ma Monte Cintu s'incalfaA so barittona biancaVoltu à calore di casaTorduli nun mi ne mancaSò spietatu cacciatorePer un pocu à dilla franca!
E di spinu à lu caminuMi rallegru à parte mancaC'un vinettu chjerasginuI runzicu sinu à l'ancaE Monte Cintu vicinuVeste la so cappa bianca.
U pettirossu famituPichjitteghja à lu purtelluVene à chere qualchi cibuTrimendu da lu tardelluApru subitu à st'amicuE u trattu da fratellu.
Lire en français
Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.
Quand le Monte Cintu metson gros bonnet blanc,ils s'installent, de cinq à sept,assis sur le banc.Même la terre elle-mêmeparaît lasse de faire la fête.
Alors je pleure avec les merleset les grives voyageusesqu'ils emportent en brochettes.Je regarde leurs congélateurs :nez rouges et merles rouges,les chasseurs sans pitié.
Je pleure moins le sanglierqui tombe sous les ballesaprès avoir étripé un chien,et meurt en soulevant les épaules,pendant que ça blanchit et tombe à floconslégers comme des papillons.
Mais le Monte Cintu enfonceson gros bonnet blanc.Rentré à la chaleur de la maison,les grives ne me manquent pas :je suis un chasseur sans pitié,pour un peu, à le dire franchement !
Et de l'épine à la cheminéeje me réjouis à main gaucheavec un petit vin de sciaccarello :j'en descends jusqu'à la hanche,et le Monte Cintu tout procherevêt sa cape blanche.
Le rouge-gorge affaméfrappe au carreau,il vient demander un peu de nourritureen tremblant de froid.J'ouvre aussitôt à cet amiet je le traite en frère.
« Barittona » est le gros bonnet. « Torduli » sont les grives. « Pinghelli » et « cunghjelatori » sont incertains : sans doute les brochettes et les congélateurs, les chasseurs modernes. « Chjerasginu » désigne le sciaccarello. « Tardellu » est incertain : peut-être le froid tardif.
Pourquoi ce chant
Le Monte Cintu met son bonnet blanc, les chasseurs rentrent, on boit un vin de sciaccarello devant la cheminée, et un rouge-gorge affamé frappe au carreau. Tout le poème se passe au chaud pendant qu'il neige dehors : j'ai voulu ce contraste, une voix grave et rassurante, et une dernière strophe qui s'attendrit quand l'oiseau devient un frère.
Dans le recueil