Pensu à voi...
Bastia, 1960
Certi sò cume li fioriCampanu ghjust'un viranuSparghjanu lu so parfumePoi d'un colpu si ne vanuIn stu mondu passageruCresce pocu bellu'ranu.
Pensu à voi ò giuvanottiAl'albore di la vitaChi s'apria à li vostri ochjiCum'una strada fiuritaMa u destinu hà vulsutuChi mai un fussi finita.
Quantu site o CursarelliCascati per l'Algeria?Vi portu à parte mancaCume se vi cunisciaChi aghju lu mio fratelluIn la vostra cumpagnia.
Un rividarete piùEvostre bianche muntagneE vostre chjare marineEvostre verde campagneDi a vostra giuventùI cumpagni è le cumpagne.
Un farete più ritornuIn lu caru paisoluLasciate una mammarellaChi pienghje lu so figlioluE farà lu so caminuSempre vistuta di dolu.
Induve sò le vostre vociE quelli ochji cusi puri?S'ellu ci hé un altru monduAlmenu simu sicuriChi di un bellu paradisuAvete francu li muri.
E campate cun l'eroiIn le celeste cunfine...Forse prigate per noiDa l'alte cime turchineDuve ell'un ci hè più tristezzaE l'amore hè senza fine.
Ma site morti per chèMa site morti per quale?Per petroliu poi pèEvian veru carnavalePer l'orgugliosu vulèD'un famosu generale.
Dominique Luciani, lieutenant, mort pour la France le 20 février 1960 dans le secteur de Djemila
Lire en français
Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.
Certains sont comme les fleurs :ils ne vivent qu'un printemps,ils répandent leur parfumpuis d'un coup s'en vont.En ce monde passageril pousse peu de beau blé.
Je pense à vous, ô jeunes gens,à l'aube de la viequi s'ouvrait à vos yeuxcomme une route fleurie,mais le destin a vouluqu'elle ne fût jamais achevée.
Combien êtes-vous, ô petits Corses,tombés pour l'Algérie ?Je vous porte à main gauchecomme si je vous connaissais,car j'ai mon propre frèredans votre compagnie.
Vous ne reverrez plusvos montagnes blanches,vos marines claires,vos campagnes vertes,ni de votre jeunesseles compagnons et les compagnes.
Vous ne ferez plus retourau cher petit village.Vous laissez une pauvre mèrequi pleure son filset fera son chemintoujours vêtue de deuil.
Où sont vos voixet ces yeux si purs ?S'il y a un autre monde,au moins nous sommes sûrsque d'un beau paradisvous avez franchi les murs.
Et vous vivez avec les hérosdans les confins célestes...Peut-être priez-vous pour nousdepuis les hautes cimes bleues,là où il n'y a plus de tristesseet où l'amour est sans fin.
Mais vous êtes morts pour quoi,mais vous êtes morts pour qui ?Pour du pétrole, et puis pourÉvian, vrai carnaval,pour la volonté orgueilleused'un fameux général.
« Cursarelli » est un diminutif affectueux : les petits Corses. Evian renvoie aux accords de 1962 ; le général de la dernière strophe n'est pas nommé dans le poème.
Pourquoi ce chant
Ce poème est adressé aux jeunes Corses tombés en Algérie, et la troisième strophe dit que son propre frère est parmi eux. Aucun instrument n'avait sa place ici : trois voix d'hommes, comme au bord d'une tombe. La dernière strophe demande pour quoi ils sont morts, et la réponse est amère : le chant durcit là, puis s'arrête net.
Dans le recueil