Pedi à focu
(cuntrastu)
Galéria, 1957
O focu giallu è turchinuTù chi balli tù chi cantiIn lu mio neru caminuLocu fattu per l'incantiDimmi pianu bassu bassuL'hai vistu à Satanassu?
A l'ascosu di su fredduUn ti sciappà u ciarbelluDà di manu à lu to spetuE spicca stu ficatelluPoi dimmi à u t'avisuGhjè infernu o Paradisu?
Si mezzu ch'assuffucatuCun tutti'si sciupittimiCiò che t'aghju dumandatuCaru focu ci'ole à dimmiParla schjettu è micca falzuSinnonò ti techju d'alzu.
Sù le cose di l'eternuEiu un t'apraraghju l'ochjiEppo'ti mandu à caternuSe t'un lampi dui rochjiDi quellu legnu liccinuChi ti scalda core è spinu.
Di la pumposa furestaCapillera di stu locuCh'un timia la timpestaChi n'hai fattu tù focu?Di tuttu quellu virdumeNe feci carbone è fume.
Ora chi ti si sfucatuPer baccu fami rispostaDì qualè chi m'hà cappiatuE s'ella fù fatta'apposta?Stuzzigaghjolu ti trovuDa circà u pelu in l'ovu.
Dumane mi scalderaghjuA calore di masuttuU caminu imbiancheraghjuChi mi pare troppu bruttuDi fonte sarà la gabbiaE tù cantarè di rabbia!
Un ci pusarè vicinuE sarei cume soluI fochi senza caminuSò acelli senza voluPiù calusgine più fumeSò fiori senza prufume!
Lire en français
Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.
Ô feu jaune et bleu,toi qui danses, toi qui chantesdans ma noire cheminée,lieu fait pour les enchantements,dis-moi tout bas, tout bas :l'as-tu vu, Satan ?
À l'abri de ce froid,ne te casse pas la tête,prends ta brocheet fais rôtir ce ficatellu,puis dis-moi, à ton avis :est-ce l'enfer ou le Paradis ?
Si tu es à demi étoufféavec toutes tes fumerolles,ce que je t'ai demandé,cher feu, il faut me le dire.Parle clair et sans mentir,sinon je te gave d'aulne.
Sur les choses de l'éternitéje ne t'ouvrirai pas les yeux,et puis je t'envoie au diablesi tu ne me jettes pas deux bûchesde ce bois bien secqui te réchauffe le cœur et l'échine.
De la forêt magnifique,chevelure de ce pays,qui ne craignait pas la tempête,qu'en as-tu fait, toi, le feu ?De toute cette verdurej'ai fait du charbon et de la fumée.
Maintenant que tu t'es défoulé,par Bacchus, réponds-moi :dis qui m'a lâché iciet si c'était fait exprès.Je te trouve chicaneur,à chercher le poil dans l'œuf.
Demain je me chaufferaià la chaleur d'un autre bois,je blanchirai la cheminéequi me paraît trop laide,en face il y aura la cageet toi tu chanteras de rage !
Tu ne t'assiéras plus auprès,et je serais comme seul.Les feux sans cheminéesont des oiseaux sans vol,plus de suie, plus de fumée :ce sont des fleurs sans parfum !
« Cuntrastu » est une joute chantée à deux voix. « Ficatellu » est la saucisse de foie corse. « Ti techju d'alzu » : je te gave d'aulne, bois qui brûle mal. « Stuzzigaghjolu » : chercheur de poux, chipoteur. « Masuttu » et « liccinu » désignent des bois de chauffage.
Pourquoi ce chant
C'est une joute : le poète provoque le feu de sa cheminée, lui demande s'il a vu Satan, le menace de le nourrir d'aulne, et le feu finit par répondre et prendre sa revanche. Le cuntrastu est fait pour deux voix, alors il en fallait deux, vraiment distinctes, qui se relaient à la cinquième strophe quand le feu prend la parole. Les braises tiennent lieu de percussion.
Dans le recueil