U vechju è la so cagna
Penta di Casinca, 1994
Vogliu cantà la mio cagnaUn irlandese di razzaChi sbrugliava ogni visticaAncu per tempu di vazzaQuandi u nasu lu più finuCi'ole à dilla s'imbarazza.
U so pelu castagninuLucia cume un giuellu"Gemma" l'avia chjamataAntone lu mio zitelluElla pigliava lu ventuE ghjera cottu l'acellu.
Un pudia cume "Bruscu"Tene un cinghjale a ruvelluEra nata pè la piumaCagna di primu cartelluUn timia nisun tanguFussi puru prunalbellu.
Quantu hà firmatu bicazzeE parnice à l'arribellu!Per capisce li bastavaGhjustu appena un fisculelluE s'hè fattu à la so scolaPossu di più d'un catellu.
Merli torduli è culombiLa mio fida caniolaTrinighendu la so codaL'arricava à la guardiola...E quandu facia pescaCurrava à mo piscaghjola!
Un ghjornu di timpurale,Lugliu si stava per scorre,In core di meziurnaleGemma hà finitu di corre...Falcina nun guarda maiNe bellezza ne valore.
O Gemma da più d'un soleAghju varcatu l'inguernu...U viaghju senza ritornuUn sarà per mè indernuPerchè sò che tù m'aspettiIn un pratu di l'Eternu!
Lire en français
Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.
Je veux chanter ma chienne,une irlandaise de racequi démêlait toutes les pistesmême par temps de brouillard,quand le nez le plus findoit avouer qu'il s'embarrasse.
Son poil couleur de châtaignebrillait comme un bijou.« Gemma », l'avait appeléeAntoine, mon garçon.Elle prenait le ventet l'oiseau était cuit.
Elle ne pouvait pas, comme « Bruscu »,tenir un sanglier en colère :elle était née pour la plume,chienne de premier ordre.Elle ne craignait aucun fourré,fût-il d'aubépine.
Combien elle a arrêté de bécasseset de perdrix à l'envol !Pour comprendre, il lui suffisaitd'un tout petit coup de sifflet,et elle s'est faite à son écolemieux que bien des chiots.
Merles, grives et pigeons,ma fidèle chienne,en remuant la queue,me les rapportait au poste...Et quand j'allais à la pêche,elle courait à mon coin de pêche !
Un jour d'orage,juillet allait finir,au cœur de la mi-journée,Gemma a fini de courir...La Faucheuse ne regarde jamaisni la beauté ni la valeur.
Ô Gemma, depuis plus d'un soleilj'ai traversé l'hiver...Le voyage sans retourne sera pas vain pour moi,parce que je sais que tu m'attendsdans un pré de l'Éternel !
Vocabulaire de chasse peu sûr : « vistica » (piste, trace), « tempu di vazza » (temps de brouillard ou de boue), « tangu » (fourré épais), « prunalbellu » (aubépine), « bicazze » (bécasses), « parnice » (perdrix), « arribellu » (envol, débusquage), « fisculellu » (petit coup de sifflet), « caniola » (chienne, au diminutif affectueux), « piscaghjola » (coin de pêche). « Falcina » est la Faucheuse.
Pourquoi ce chant
Un vieux chasseur raconte sa chienne Gemma, son flair, ses courses, puis le jour d'orage où elle a fini de courir. Le poème est une histoire, donc j'ai choisi la ballade au coin du feu, avec une voix qui a vécu et une guitare qui accompagne sans jamais couvrir. Le violon ne répond qu'au moment où le texte bascule vers la mort, et la dernière strophe, celle du pré de l'Éternel, se chante presque en confidence.
Dans le recueil