A tè, l'omu
Penta di Casinca, 1997
Quandu ghjunse la nutizia,Pugnalata à mezu core,U pesu di l'inghjustiziaAvia suspesu l'oreMa u sangue ci diciaAcquaviva nun pò more.
Ellu campa cun l'eroiDi e lotte antiche è noveMa campa torna fra noiOghje n'avemu le prove :Per ellu s'arrizza eppoiTuttu un populu si move.
Ghjambattista cum'un fioreHà spartu lu so parfumeHà messu lu so biancoreIn la bandera di lumeU so spirdu sempre correIn lu populu stu fiume.
Sè tù porti à parte mancaUna lacrima di doluPer rispettu à l'antichiMassacrati in Ponte NovuGhjuvan'Battista ti mandaU soffiu di lu rinnovu.
Quand'ellu spunta lu soleBasgendu l'acqua turchinaChi Monte Cintu si scaldaE s'infiamma la marinaL'onde cantanu per elluU "Dio vi salvi Regina."
A tè l'omu assassinatuA l'albore di la vitaL'omu ch'avia pigliatuA so strada preferitaPer un ghjumbà lu so spinu,Ti salutu, clandestinu!
Era sangue chi curriaGiuvanottu in le to vene!Sangue vivu chi sapiaChi l'onore si manteneDendu pettu à l'assassinu,Ti salutu, clandestinu!
Sangue corsu ch'un vuliaU stampu di le cateneSguardu corsu chi luciaCu e lotte per l'avvenePer un più bellu destinu,Ti salutu, clandestinu!
Hai datu la to vitaPer l'amor'di CursichellaPer una machja fiuritaPer Monte Cintu è BavellaPer a surgente di Ninu,Ti salutu, clandestinu!
Dicenu ch'ellu hè smarituU spirdu di Ponte Novu...Cun té quellu soffiu anticuNoi l'avemu ritrovuAnima di un paladinu,Ti salutu, clandestinu!
S'ellu ci hè un altru monduAlmenu simu sicuriChi d'un bellu paradisuHai varcatu li muriTù l'ardente balaninu,Ti salutu, clandestinu!
Ghjuvan'Battista Acquaviva (portrait en page 44)
Lire en français
Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.
Quand la nouvelle est arrivée,coup de poignard en plein cœur,le poids de l'injusticeavait suspendu les heures.Mais le sang nous disait :Acquaviva ne peut pas mourir.
Il vit avec les hérosdes luttes anciennes et nouvelles,mais il vit encore parmi nous,aujourd'hui nous en avons la preuve :pour lui se dresse, et puistout un peuple se met en marche.
Ghjambattista, comme une fleur,a répandu son parfum,il a mis sa blancheurdans le drapeau de lumière.Son esprit court toujoursdans le peuple, ce fleuve.
Si tu portes à gaucheune larme de deuilpar respect pour les anciensmassacrés à Ponte Novu,Ghjuvan'Battista t'envoiele souffle du renouveau.
Quand le soleil se lèveen embrassant l'eau bleue,que le Monte Cintu se réchauffeet que la marine s'enflamme,les vagues chantent pour luile « Dio vi salvi Regina ».
À toi, l'homme assassinéà l'aube de la vie,l'homme qui avait prisla route qu'il préférait,pour n'avoir pas courbé l'échine,je te salue, clandestin !
C'était du sang qui courait,jeune homme, dans tes veines,du sang vivant qui savaitque l'honneur se gardeen faisant face à l'assassin,je te salue, clandestin !
Sang corse qui ne voulait pasla marque des chaînes,regard corse qui brillaitdes luttes pour l'avenir,pour un plus beau destin,je te salue, clandestin !
Tu as donné ta viepour l'amour de la Corse,pour un maquis fleuri,pour le Monte Cintu et Bavella,pour la source de Ninu,je te salue, clandestin !
Ils disent qu'il s'est perdu,l'esprit de Ponte Novu...Avec toi, ce souffle ancien,nous l'avons retrouvé,âme de paladin,je te salue, clandestin !
S'il y a un autre monde,au moins nous sommes sûrsque d'un beau paradistu as franchi les murs,toi l'ardent Balanin,je te salue, clandestin !
« Ti salutu, clandestinu » est laissé au plus près : « je te salue, clandestin ». Ponte Novu est la bataille de 1769. Le « Dio vi salvi Regina » est l'hymne corse. Cursichella : la Corse, au diminutif affectueux.
Pourquoi ce chant
C'est un tombeau, au sens ancien du mot : l'hommage à un jeune homme assassiné, dont six strophes se ferment sur le même salut. Le lamentu s'imposait, mais un lamentu qui se redresse, parce que le poème refuse l'abattement et parle de tout un peuple qui se lève. Un tambour sourd, très lent, marque la marche funèbre, et les voix graves montent à chaque fin de strophe avant de retomber.
Dans le recueil