Pontenovu
Penta di Casinca, 1970
U viranu rimittiaL'isulella tutt'à novuSuniava longu à fiumeCume quandu mi ci trovuTandu intese à GoluParlàmi di Pontenovu.
Di quella negra ghjurnataEllu disse "mi ramentuD'una parte sò l'eroiDa quill'altra l'armamentuE per cumplittà l'ennoiNumaru è tradimentu.
Vivu sempre quelle stondeSbattulava la banderaO chi lotte furibondeCun Pelone è cun TaveraTarra rossa, rosse l'ondeInfernale primavera!
Poi si sò messi in balluDi Gribeauval i cannoniCume le bocche d'infernuCappiendu saette è toniSfraggelendu o quantu CorsiCh'eranu tanti leoni!
Ind'un celu niulatuCintu piattò lu so capuE l'altore cun l'altagnaSi calonu senza fiatuVidendu cascà l'eroiSottu à l'ochji di u Babbu.
Addiu l'armata CorsaCu li so fucili à scaglia!E milizie naziunaliFunu pigliate in tinagliaU nove maghju da maneEra compia la battaglia."
Fù cusi chi quella seraMentre mi ne stava solu,U viranu cun l'acelliAvia pigliatu volu,Intese cari fratelliDi tristezza pienghje à Golu.
Quantu funu i cori in doluA pienghje tanti figlioli?Di à Santa LibertaiSi sicconu li maglioliMa u calzu hè sempre vivuPer piaghjinchi é muntagnoli.
Eranu d'anticu ceppuSti guerrieri di gran vaglia!I feriti su li mortiSi stracquonu à fà muragliaPer prutegge li cumpagniDa l'assassina mitraglia.
Un tenente chi suffriaD'una ferita murtaleDisse mentre si muria"Vi salutu generale!"Poi la Patria s'ammantòD'un culor di timporale.
Da Bonifaziu à BarcaghjuPassendu per u NioluCorsi ci n'hè tanti è tantiA purtà tamentu dolu...Disgraziatu à chi rinnegaU sangue di Pontenovu.
Lire en français
Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.
Le printemps remettaitla petite île à neuf.Le fleuve résonnait longuement,comme quand je m'y trouve.C'est alors que j'entendis le Golume parler de Ponte Novu.
De cette noire journéeil dit : « je me souviens.D'un côté il y a les héros,de l'autre l'armement,et pour compléter l'ennui,le nombre et la trahison.
Je vis encore ces heures-là,le drapeau claquait au vent.Ô quelles luttes furieusesavec Pelone et avec Tavera !Terre rouge, ondes rouges,printemps d'enfer !
Puis ils ont mis en danseles canons de Gribeauvalcomme des bouches d'enfer,lâchant foudres et tonnerres,fracassant, ô combien de Corsesqui étaient autant de lions !
Dans un ciel chargé de nuages,le Cintu cacha sa tête,et le vent d'altitude avec la hauteurretombèrent sans souffleen voyant tomber les hérossous les yeux du Babbu.
Adieu l'armée corseavec ses fusils à pierre !Et les milices nationalesfurent prises en tenaille.Le neuf mai au matin,la bataille était finie. »
C'est ainsi que ce soir-là,pendant que je restais seul,alors que le printemps avec les oiseauxavait pris son vol,j'entendis, chers frères,le Golu pleurer de tristesse.
Combien de cœurs furent en deuilà pleurer tant de fils ?De la Sainte Libertéles jeunes pousses ont séché,mais la souche est toujours vivantechez les gens de la plaine et de la montagne.
Ils étaient de vieille souche,ces guerriers de grande valeur !Les blessés sur les mortss'étendirent pour faire murailleet protéger leurs compagnonsde l'assassine mitraille.
Un lieutenant qui souffraitd'une blessure mortelledit, pendant qu'il mourait :« Je vous salue, général ! »Puis la Patrie se drapad'une couleur d'orage.
De Bonifacio au Cap,en passant par le Niolu,des Corses, il y en a tant et tantà porter un si grand deuil...Malheur à qui reniele sang de Ponte Novu.
La bataille de Ponte Novu, le 8 mai 1769, met fin à l'indépendance corse. Le fleuve Golu raconte lui-même. Pelone et Tavera sont des officiers corses ; Gribeauval était l'ingénieur des canons français ; le Babbu est Pasquale Paoli, père de la patrie. Les guillemets de l'original encadrent le récit du fleuve.
Pourquoi ce chant
Le fleuve Golu raconte lui-même la bataille de Ponte Novu, et son récit occupe cinq strophes entre guillemets. Il fallait donc deux voix : celle du poète qui ouvre et referme, et celle du fleuve, plus grave, portée par un choeur. Le tambour marche jusqu'à la mort du lieutenant, puis tout se tait avant la malédiction finale contre qui renie ce sang.
Dans le recueil