Stefanu Luciani
Penta di Casinca
Penta di Casinca

Tempi strani

Penta di Casinca, 1986

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Un ci hè più nisun rispettuNè d'antichi nè d'anzianiPiù un palmucciu di nettuTempi d'oghje tempi straniE preti cercanu mogliaPocu ferma bon cristiani.

Dicenu chi la famigliaHà campatu ancu abbastanza,Addiu à la parintiaAddiu à la fratellanzaCampà ci ' ole à a mudernaBasta à empie stacca è panza.

Di fà l'amore frà omiE frà donne ora hè pregiatuEpuca di gran'falziaDroga è sangue avvelenatuU birbante s'arrichesceD'oru à core tarulatu.

Gira tondu l'UniversuE vogh'è gira la TerraDi truvà pace un ci hè versuSchiatta sempre qualchi guerraQuì u tavulinu hè messuMa culandi hè fame nera.

E stagione un sò più quelleDa lu viranu à l'invernuTchernobyl in lu so senuCova un focu d'infernuL'omu s'ell'un si ripigliaMandarà tuttu à caternu.

Tù l'amandulu fiurituPer noi altri in cor'd'inguernuPorghjimi lu to surrisuFrescu segnu di l'EternuCh'o mi scordi di sti tempiCume di un primu quaternu!

Lire en français

Traduction de travail, faite pour aider à la lecture. Le texte du poème reste le corse, ci-dessus. Elle n'a pas encore été relue par un corsophone.

Il n'y a plus aucun respect,ni des anciens ni des vieux,plus un pouce de propre,temps d'aujourd'hui, temps étranges,et les prêtres cherchent femme :il reste peu de bons chrétiens.

Ils disent que la famillea assez duré comme ça.Adieu la parenté,adieu la fraternité,on veut vivre à la moderne :il suffit de remplir la poche et le ventre.

Faire l'amour entre hommeset entre femmes est désormais prisé,époque de grand mensonge,drogue et sang empoisonné,le voyou s'enrichitd'or, avec un cœur vermoulu.

L'Univers tourne en rondet la Terre tourne aussi,il n'y a pas moyen de trouver la paix,une guerre éclate toujours.Ici la table est mise,mais là-bas c'est la faim noire.

Et les saisons ne sont plus les mêmes,du printemps à l'hiver.Tchernobyl, dans leur sein,couve un feu d'enfer :si l'homme ne se reprend pas,il enverra tout à la ruine.

Toi, l'amandier fleuripour nous autres en plein cœur d'hiver,offre-moi ton sourire,signe frais de l'Éternel,que j'oublie ces temps-cicomme un premier cahier d'école !

« Palmucciu di nettu » est rendu par « un pouce de propre », au sens de rien de net nulle part. « Mandarà tuttu à caternu » : enverra tout à la ruine.

Pourquoi ce chant

Le poème est un constat amer sur son époque, jusqu'à Tchernobyl qui couve dans le sein des saisons, et il se retourne à la dernière strophe vers l'amandier en fleur. C'est exactement le ton des chansons du riacquistu : une voix d'homme qui parle presque, une guitare sèche, aucune emphase. La seconde voix qui vient doubler la fin de chaque strophe donne le poids d'une assemblée derrière celui qui parle.

Dans le recueil

La page du recueil où figure Tempi strani
Pages 40 et 41
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